Histoires de Renards

Et, si l’un d’eux capturait un renard des sables encore jeune et qu’il pût nourrir de ses mains, il le nourrissait, ou des gazelles quelque-fois quand elles daignaient ne point mourrir, et le renard des sables chaque jour lui devenait plus précieux de s’enrichir de ses poils soyeux et de son espièglerie et surtout de ce besoin de nourriture qui exigeait si impérieusement la solicitude du guerrier. Et celui-là vivait de l’illusion vaine de faire passer de lui au petit animal quelque chose de soi comme si l’autre était nourri, formé et composé de son amour.

Puis un jour s’échappait dans le sable le renard appelé par l’amour, qui vidait d’un coup le cœur de l’homme. Et il en est un que j’ai vu mourrir pour ne s’être défendu qu’avec mollesse au cours d’une embuscade. Et me revint à la mémoire, quand nous apprîmes sa mort, la phrase mystérieuse qu’il avait prononcée après la fuite de son renard, lorsque ses compagnons le devinant mélancolique lui avaient suggéré d’en capturer un autre : « Il faut trop de patience, avait-il répondu, non pour le prendre mais pour l’aimer. »

Citadelle est un livre qui parle de gouverner, qui parle de commandement, qui parle de la responsabilité du chef, de son rôle et de la portée de ses choix, c’est un livre à propos d’un prince.

Pendant tout le début, pendant presque cent pages, je me suis demandé si ce prince était le même que l’autre prince, le petit. Et puis je suis tombé sur ce passage et il n’y a plus eu de doute. Le prince est tout à fait sorti de l’enfance et la réalité s’avère moins empreinte de poésie. C’est comme si le Petit Prince au détour d’un coin de planète, à la recherche d’un coucher de soleil, avait rencontré Nicolas Machiavel.

Ce livre est empli de réflexions sur la cité, la société du point de vue du monarque, vue comme une oeuvre au long cours, à l’échelle des empires, à l’échelle de l’histoire plutôt que de l’humain. Et, souvent, cet ouvrage paraît inhumain, brutal, sans cœur, est difficile à lire.

Pourtant, c’est bien de ce livre qu’est tirée une des citations les plus répandues sur les réseaux sociaux :

l’avenir, tu n’as point à le prévoir, mais à le permettre.

C’est une très bonne citation, mais après avoir lu le livre dont elle est tirée, on la lit différemment.

Citadelle, à lire, donc !

Diamètres apparents des planètes

En voyant une superbe photographie de Dominique Richeux, où l’on voit Jupiter et ses satellites avec la lune en premier plan, je m’étonnais que Jupiter soit si grosses par rapport à la lune, que l’écart de ses satellites paraissent si grand, toujours en rapport au diamètre apparent de la lune. J’avoue, j’ai douté un instant que ça puisse être un montage…

Jupiter, c’est une grosse planète, bien sûr, mais c’est loin aussi, sa lumière met quand même une bonne demi-heure à nous arriver. Du coup, on est dans le cas typique où l’on ne peut pas se fier à ses représentations mentales pour se faire une idée de ce à quoi la réalité devrait ressembler. Du coup, pour me rendre compte, j’ai commencé par chercher un graphique qui permette de comparer les diamètres apparents des planètes, et je n’en ai pas trouvé. Chouette excuse pour sortir la calculatrice et le produire ce graphique, il n’y a rien de plus satisfaisant que de se rendre compte des choses par soi-même, calculatrice en pogne, sur un crobard pondu rapidement !

Et donc, oui, Jupiter est grosse comme ça dans le ciel ! Et, oui, aussi, vérifier ce que l’on voit sur Internet ça va bien plus loin que se protéger des alternative-fake-realités, c’est une démarche pour aller plus loin, s’enrichir, apprendre…

D’ailleurs, ça me rappelle que ça n’est pas la première fois que je me retrouve à sortir ma calculette à propos de planètes… Il y a presque tout juste un an, un site spécialisé en infos à propos de réalités alternatives titrait « Un événement cosmique qui n’arrive que tous les 35 000 ans : le 27 juillet, la planète Mars sera aussi grosse que la Lune« , tous les indices de l’intox sont là et la nouvelle, bien qu’absurde, fit rapidement le tour des réseaux…

mais bien sûr…

Je l’ai donc vue passer plein de fois, cette galéjade de Mars qui se ferait aussi grosse que la Lune, et puis je me suis dit « ok, mais ça voudrait dire quoi ? »

Du coup, j’ai fait quelques calculs tout simples qui m’ont permis de réviser quelques informations astronomiques.

A quelle distance devrait être Mars ?
– Mars a un diamètre d’environ le double de celui de la lune (et d’environ la moitié de celui de la terre). 
– donc, pour que Mars aie la même taille apparente dans le ciel, il faudrait qu’elle soit à environ le double de la distance de la terre à la lune. 
– il faudrait placer Mars à 750.000Km

Mars aurait alors une orbite très proche de celle de la Terre qui croise à environ 150 millions de Km du soleil : ~150,75 millions de Km.

Comme la distance de l’orbite est liée à la vitesse de l’objet, cela amènerait Mars à avoir une période de l’ordre de 365 jours (terrestres) aussi, mais pas tout à fait la même. Mars accompagnerait la Terre pendant de longues périodes et puis disparaîtrait pendant des périodes encore bien plus longues…

Quand les deux planètes seraient suffisamment proches pour qu’on voit Mars de la même taille que la Lune, la gravité nous ferait nous rapprocher. Mais mars a une masse de seulement environ 10% celle de la terre ce qui, à la distance que nous avons établie, ne résulterait qu’en une force de 2,4 fois celle qu’exercent la lune et la terre entres elles. Non négligeable, mais probablement pas apocalyptique non plus.

Petit à petit, les astres se rapprocheraient et je ne sais pas dire ce qui arriverait dans le temps où les deux orbites finiraient par se rejoindre. Les deux astres entreraient ils en collision ? Mars finirait elle par se satelliser autour de la Terre ?

Ca donne presque envie d’écrire une simulation…