Histoires de Renards

Et, si l’un d’eux capturait un renard des sables encore jeune et qu’il pût nourrir de ses mains, il le nourrissait, ou des gazelles quelque-fois quand elles daignaient ne point mourrir, et le renard des sables chaque jour lui devenait plus précieux de s’enrichir de ses poils soyeux et de son espièglerie et surtout de ce besoin de nourriture qui exigeait si impérieusement la solicitude du guerrier. Et celui-là vivait de l’illusion vaine de faire passer de lui au petit animal quelque chose de soi comme si l’autre était nourri, formé et composé de son amour.

Puis un jour s’échappait dans le sable le renard appelé par l’amour, qui vidait d’un coup le cœur de l’homme. Et il en est un que j’ai vu mourrir pour ne s’être défendu qu’avec mollesse au cours d’une embuscade. Et me revint à la mémoire, quand nous apprîmes sa mort, la phrase mystérieuse qu’il avait prononcée après la fuite de son renard, lorsque ses compagnons le devinant mélancolique lui avaient suggéré d’en capturer un autre : « Il faut trop de patience, avait-il répondu, non pour le prendre mais pour l’aimer. »

Citadelle est un livre qui parle de gouverner, qui parle de commandement, qui parle de la responsabilité du chef, de son rôle et de la portée de ses choix, c’est un livre à propos d’un prince.

Pendant tout le début, pendant presque cent pages, je me suis demandé si ce prince était le même que l’autre prince, le petit. Et puis je suis tombé sur ce passage et il n’y a plus eu de doute. Le prince est tout à fait sorti de l’enfance et la réalité s’avère moins empreinte de poésie. C’est comme si le Petit Prince au détour d’un coin de planète, à la recherche d’un coucher de soleil, avait rencontré Nicolas Machiavel.

Ce livre est empli de réflexions sur la cité, la société du point de vue du monarque, vue comme une oeuvre au long cours, à l’échelle des empires, à l’échelle de l’histoire plutôt que de l’humain. Et, souvent, cet ouvrage paraît inhumain, brutal, sans cœur, est difficile à lire.

Pourtant, c’est bien de ce livre qu’est tirée une des citations les plus répandues sur les réseaux sociaux :

l’avenir, tu n’as point à le prévoir, mais à le permettre.

C’est une très bonne citation, mais après avoir lu le livre dont elle est tirée, on la lit différemment.

Citadelle, à lire, donc !